1/5 Bernard Corteggianni


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Le temps d’apprendre à vivre…


GRANDIR

 

Et si, au lieu d’un être, j’étais un peut-être ? Je pose la question, car après tout… rien n’est sûr.

 


 


La cuisse de Jupiter

 

 

J’aurais tant aimé en être, du magma des âmes, de l’empêtrement où tout débuta. Ç’aurait été bien doux, bien bon.

Au lieu de cela, je fus glaire isolée. Larve à part. A part moi je grossis. Le hasard m’installa dans le ventre d’une mère. Enfin je naquis, comme tout le monde, entre deux jambes.

Longtemps cette banalité m’a trompé. Je me croyais de la même pâte, au moins de la même fournée. Je reconnus mon erreur au pain que donnaient nos pâtes mêlées : bâtard.

Non, je n’étais pas dans l’amas chaleureux des âmes, le grand dortoir matriciel. Je demeurais à l’écart, plus craintif qu’orgueilleux, les genoux contre ma bouche naissante. Je me développais en silence, sans remuer, bien sage, pour ne pas qu’on me crève ma bulle.

Et puis, la bulle a crevé toute seule, alors que je n’étais pas encore grand, costaud, sûr de moi et cool avec les filles.

 


 


 


Difficultés

 

J’ai trouvé mon objet, mon nounours, ma coquille d’œuf : un parapluie. Avec lui, le monde se trouve réduit à des dimensions plus acceptables. L’horizon est mon affaire ; je l’élève ou l’abaisse à mon gré. Les grandes masses de vide ne mugissent plus si fort.

 

Trois, quatre, cinq insolents t’ont croisé sans
faire un pas de côté. Te voilà invisible à force d’être pâle. Empourpre-toi (car tu peux avoir honte) et cours-leur après, fais leur le coup du poteau, du pylône si tu peux. D’entraînement, c’est de cela que tu as besoin.

 

Diplomatie : vieille grimace. Ta lâcheté adore ce masque raisonnable.

 

Laisse écumer ta colère. Elle te donnera l’éloquence qui ne se prépare pas, l’éloquence qui déferle, au fur et sans mesure. Tu inventeras de splendides insultes. Ta bouche sera glorieuse. Ton adversaire, éclaboussé. Tu ne l’essuieras pas. Jamais.

 

 

Les gens qui ont un peu de morale disent qu’il ne faut jamais souhaiter la mort, même à son pire ennemi. Je leur donne raison. Souhaiter ne suffit pas.
La Providence est bienveillante, mais elle croule sous nos vœux, et ne peut répondre à tous. Il faut donc y mettre du sien.

 

La guerre, comme il est dur d’être en guerre ! Comme on se démettrait, comme on se vautrerait volontiers ! Se palper le corps, pincer, agacer le nerf de la colère.

 

 

 


Les petites habitudes

 

J’ai cette sale manie de régler mes comptes à huis-clos. Je sais que cela ne sert à rien, mais je n’y peux rien non plus. C’est ma pente.

Je venge, je redresse, j’écrase, je cogne comme un sourd. D’abord je ne m’entends pas, et je continue à triompher tout en m’occupant à quelque activité machinale. Soit que je rentre des aliments froids ou chauds dans ma bouche, soit que je me mouille et me frotte la peau avec une sorte de galet moussant, soit encore que je quitte mes habits pour une raison ou pour une autre.

Je me réveille en sursaut, épuisé, vaguement inquiet. Je me souviens de mes éclats, je m’étonne, me gronde, et décide d’en finir avec mes rêves : je tente une sortie au dehors de moi. Une sortie sans prévenir, sans crier gare, sans y penser (car la pensée paralyse comme le regard d’un serpent cobra). Et certes (je ne dis pas cela pour me vanter), il m’arrive, grisé par le grand air des autres, de remporter quelques menus mais bien réels succès.

Il n’empêche. Je ne reste jamais bien longtemps à découvert. Car j’entends au fond de moi une voix qui me rappelle et qui me dit de rentrer, et je sens quelque chose de placide et de mou qui se colle à moi, m’empêtre dans sa pâte et m’emporte dans son sac.

 

 


Hygiène du forcené

 

Et pour le mauvais œil, j’ai la parade. Je me vitrifie. Je m’empaillette de
  miroirs de la tête aux pieds.

L’œil aveuglé finit par tomber. Je le cingle à poignées de sable. Je le fais pleurer, je le fais saigner. Je feins de prendre sa pupille pour une baie mûre , et je la crève, crac, entre mes doigts de promeneur distrait.

A l’iris ! Au Karcher ! Je le noie, récure, décolore. Tout autour enfin, j’embrase la barbe et les sourcils.

Reste une pauvre figure à qui je ne peux même plus baisser les paupières.

 


 


 


Ceux du dedans

 

Ses gardiens adorent jouer. Et dans leur jeu, ils ne manquent pas de finesse. Ainsi, quand ils le laissent s’enfuir par temps de neige, ils ne le privent pas de ses chaussures. Cela, pensent-ils, manquerait singulièrement d’élégance. Non : prenons-lui ses gants, puisqu’il fait bien froid. On court moins vite les mains dans les poches et par manque d’équilibre, on tombe plus souvent.

Nous aurons naturellement nos fourrures, nos moufles, nos cache-crocs et nos couvre-mufles. Il faut bien conserver quelques avantages, sans quoi… Allons ! si tout se passe bien, nous seront rentrés à temps pour souper.

 

 

Tremble

ô carcasse

tremble et danse

comme un bonhomme de Saint-Guy

comme si t’électrifiait un grand éclat de rire

nerveux

 

Ce que tu suintes

tu l’essuies

mais on n’essuie pas

les torrents

Tes parois sont gorgées sous ta peau

creusent des cascades montent des remous

et tu ploies sous la poussée

d’une émotion énorme

animale

 

Que penses-tu cacher

sous ta dignité de mauvais drap

on les voit

les cloques les turbulences

les horreurs

 

 

Tremble et danse

et crie

rien qu’une fois

pour voir si quelque chose se décolle

un bout de peau

un coin de paupière

fermé

sur un chanier

 


Tel

 

 

Pour se connaître, il faut d’abord compter : combien suis-je ? Car il est évident que je suis plusieurs, pour le moins trinité. Légion peut-être.

Je est une convention lyrique. C’est nous qu’il faudrait dire. Pas le nous de majesté, ni celui, fraternel, des compagnons. Le nous de la discorde. Nous, dividende travaillé par la fraction.

 

Allongé pour dormir, mes pieds se croisent d’eux-mêmes. C’est leur position favorite. Si, pour me donner de l’assurance au lit (il faut bien un début), je m’oblige à les décroiser, ils saisissent le premier moment d’inattention de ma part pour reprendre leurs habitudes. Car on n’a rien de moins bête que ses pieds, surtout s’ils sont de connivence.

Ainsi, je dors en circuit fermé. Je suis garanti de ne rien perdre à mon insu, pendant mon sommeil.

 

On trouvera peu noble que je parle de mes pieds. Mais il faut commence à la base quand on entreprend de se décrire.

 

Je suis fait de sommeil le matin, d’angoisse l’après-midi. Dans ma gorge une corde à nœuds monte et tombe. Respirer devient moins facile.

 

Ma terre est désertique. Nul vent, nulle pluie ne la soulagent. Ma terre garde trace. Un passereau qui s’y pose fait d’impérissables ravages.

 

Je suis parfois susceptible pour des choses qui ne me regardent pas. Certains nomment cela paranoïa. Absurde. Ces gens-là m’en veulent d’avoir la sensibilité dont ils sont dépourvus.

 

Je suis très sociable quand je suis tout seul, en compagnie de personnes absentes. J’anime ainsi de brillantes conversations particulières.

 

Il n’est pas de domaine où je ne sois perfectionniste. Ainsi de mon passé. Sans répit je le rature, triture, torture, jusqu’à le rendre méconnaissable. Je veux dire sans tache et sans reproche.

 

Tout ce que je redoute est joué d’avance. Et pour cause : c’est moi-même qui le joue.

Acteur, je suis d’une extrême conscience. Il m’arrive même, pour répéter, de prendre sur mes heures de sommeil. J’arrive fatigué aux représentations et je passe à côté de mon rôle. J’en suis mortifié.

 

Les conquêtes que je préfère sont celles qui, comme aux grands hommes, me sont attribuées.

L’amour ? Qu’il vienne voir de quel sang je me chauffe !

Oui, je tremble, mais ce n’est pas que j’aie froid : je suis transi.

En vérité, ma chair est un trop fin manteau. C’est ainsi : je suis fait du strict minimum. J’ignore le confort des gros et des flegmatiques.

 

Il arrive qu’en me tournant pour chercher le sommeil, je me retrouve couché sur le côté, en équilibre précaire. J’enlace aussitôt mes propres épaules, et je crois tenir une femme qui me rassure de tout son corps. Une femme certainement bien menue, mais très douce tout de même, et chaude comme un beau songe.

 

Cœur boîteux, cogne-poitrine, tant de coups, d’échos dans mes veines : un jour le dernier cahot, l’embolie sentimentale.

 

Ci-vit.

 

 

 

 

PARIS LA CHIENNE

 

Bach blues

 

 

 

 

violoncelle

on croit voir passer des oiseaux

dans le ciel blanc

violoncelle

tristesse épaisse et chaude

comme un mur d’écorces d’automne

violoncelle

la tête lourde au creux de la main

et de la rupture

les branches fraîchement cassées

violoncelle

de l’âme rapeuse

qui se frotte à l’âme

violoncelle langue

violoncelle seul

un lendemain d’anniversaire

un ciel blanc

une tristesse épaisse et chaude

 

 

 

 

 

Bal de mai

 

 

 

Caresse

presque une neige

qui gante les bruits de la ville

le lion de Denfert dort

le mufle entre les pattes

 

c’est l’heure douloureuse de sortir

 

Les cafés ont éclos

dans leur corolle badinent

pétulants pistils gentes étamines

dans leur corolle butinent

Abels candides abeilles lutines

ouvrières volages lissant leur taille

de guêpe car

hyménoptère ne veut pas dire

taire son hymen

 

Caresse

les mains vont par deux

les mains vont jointes

mais ne prient pas

se chatouillent

la paume se paument

se retrouvent et puis

jeux alanguis

valses lentes dans les palais

 

et toi qui n’a jamais su les règles du bal

tu t’effaces

tu rentres chez toi

pressé tout à coup d’en finir avec

les sortilèges de la nuit

la buée des baisers sur les vitres

comme un givre doux

tu vas ton chemin à l’équerre

découpes les rues cisailles

les trottoirs traces

ta géométrie sèche

et tu ne croises personne dans ces rues de traverse juste

quelque chats

comme dans un mauvais film d’atmosphère

 

courage

c’est bientôt le hâvre

le repos et le pain du pauvre

elles t’attendent fidèles

tes disparues

tes rôdeuses

dans la ruelle de ton lit

 

 

 

 

Dimanche en pensant à Jules Laforgue

 

 

Dimanche abandonné

dans un parc à promeneurs et à chiens,

donner ses mains à ses poches

et marcher pour marcher pour

tenir en laisse l’angoisse

et faire de magnifiques rencontres !

 

Trois sirènes douloureuses

qui se souviennent

qu’elles furent femmes et chasseuses d’hommes

en se penchant sur leurs jambes mal fermées.

 

Deux veuves froissées,

Félicie et Domicité.

Leur vie grisaille

a tout juste foncé.

« Elle est pleine !

– Non, il en manque un bout. »

Et la lune s’en fout.

 

Du bout des branches les arbres

soutiennent la nuit qui tombe

sombre et cramoisie de grimaces

Il est tard

Il n’y aura pas d’autres rencontres

ou bien des fantômes

Il faut rentrer

bien fermer sa porte.

 

 

 

La folle de la tour Saint-Jacques

 

 

Ecoutez, la folle!

 

Vieille folle dégoût des passants

à la bouche un peu de bouillie

où les oiseaux viennent piquer

 

C’est votre histoire

l’histoire de la princesse de la tour Saint-Jacques

 

Il y avait une princesse

la plus belle des princesses

dédaigneuse de ses soupirants

les plus beaux princes des meilleures lignées

et de leurs plus nobles sérénades

 

Le roi son père l’avait enfermée

au sommet de la plus haute tour

elle déliait la nuit les lianes de ses cheveux d’or

si longs

si longs qu’ils coulaient jusqu’à terre

 

Là guettaient tous les audacieux

aventuriers cochers valets musculeux

premiers de cordée

et surtout vous l’espériez

votre bandit de coeur

vous sauriez le guider à travers les flèches des archers du roi

(les fers brillaient dans les feuillages)

il s’abriterait dans vos boucles

dormirait dans votre parfum

 

La nuit passait

clouée de cris

à l’aube vous remontiez votre chevelure trempée

et goûtiez avidement

 

 

la peur tant de sangs mêlés

vous ont brouillé l’esprit

vous avez coupé vos cheveux

à l’angle des pierres de la prison

vieilli au sommet de la plus haute tour

 

 

 

A la mort du roi

vous étiez libre et citoyenne

on vous a pris par la main pour une farandole

vous riiez bouche béante

si noire de bouche et rouge encore

qu’un enfant a pris peur

 

On vous a jeté des pierres

vous avez marché

dormi sur des places

 

vous n’avez plus marché

vous avez dormi

 

un jour vous vous êtes réveillée

au pied d’une tour vaguement familière

avec une bouteille et du pain dur à mollir

amoureusement

pour les moineaux du parterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le noir, les embruns, ces noyés que l’on croise…

Est-ce encore le trottoir ou déjà la mer ? Ou bien un môle qui s’avance dans la mer, où l’on se serait engagé par distraction ?

L’envie – l’envie folle de se jeter sous un paquebot !

 

 

 

QUI MENACE ?

 

 

Noctuaire

 

 


  
La nuit venue, j’habite un marécage. Haleines, puanteurs, appuis mous et morsures, lumière grise : avec l’habitude, je me suis fait à tout. Mais les bêtes qui peuplent les berges, oh ces bêtes qui voudraient mon amitié…


  
Le Grand Foujar a bien son grand tricorne. Mais pour le reste, c’est un fangeux. La gueule affalée sur ses moignons avant, il avale ce qui grouille, les rampadaires surtout. Il se redresse, mâche mollement: on dirait un général gâteux qui rumine un discours de parade.


  
Le Rhinodendron est le plus grand des couards. Une famille de sanguinosaures passe-t-elle à dix kilomètres, il se rue dans le premier tas d’herbe sale. Son crâne seul émerge, chauve et plat comme galet. Chauve et plat dans le crâne aussi.


  
L’Argrichaud… l’Argrichaud n’a pas de chance. A quelque moment qu’on l’observe il racle, interminablement il racle, d’une patte, de l’autre, son pelage blessé de croûtes. Vipeilles et cravards, vieilles teignes. Mais dès qu’il m’aperçoit, l’Argrichaud délaisse son travail de raclage. Il semble tout à coup inexplicablement heureux. Une boule considérable lui bosselle le gosier. Il la fait rouler, l’arrête à mi-course, la fait vibrer, frétiller, avec des déglutitions de joie idiote ; puis, lassé du jeu, la berce d’un mouvement continu, comme un enfant tout rond.


  
Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais cette dévotion de toutou que me voue l’Argrichaud m’angoisse profondément. Le matin, quand je remonte mes draps, je sens ma peau irritée comme d’avoir été argrichaudée. Bien sûr, tout ça est dans ma tête.

 

 

 

 

 

De grand appétit

 

 

 

   Les enfants ne savent plus à quoi s’en tenir. Se rongent-ils les ongles ? On les gronde. Se plaignent-ils d’avoir faim ? « Mange ta main, et garde l’autre pour demain. » Voilà bien de quoi troubler de jeunes esprits.

   A ce propos, je connais une histoire. Il était une fois un ogre qui se méprisait de trop aimer la chair humaine. Un jour qu’il s’était fait des reproches plus violents qu’à l’accoutumée, il se dévora aussi loin que sa bouche put aller.

   Quelle horrible chose.

   Le pauvre ogre ne pouvait même plus, comme c’était son habitude, s’essuyer du revers de la main. Ni même de l’avant-bras. Ni même de l’épaule.

   Au bout d’un certain nombre de bouchées, il se sentit bien diminué. Mais il s’acharna, car il se haïssait. Il s’acharna jusqu’à s’évanouir.

   Des soubresauts le réveillèrent : il ne se digérait pas.

 

 

Prudence

 

 

Respire doucement, disais-je à mon pauvre amour malade, ne va pas affoler les oiseaux qui dorment dans tes poumons. Ils sont gentils, mais leur bec blesse comme le pic, comme l’épine, comme la branche de rosier battue par le vent qui cloue les guêpes en plein vol.

 

La plaisanterie

 

 

C’est un fait.

Je n’aurais pas dû le faire.

Mais c’est qu’elle me disait « mon bouchon »

Et j’ai fini par lui dire pareil.

C’était une plaisanterie.

Une plaisanterie tendre.

Je lui disais aussi : « J’aurai ta peau ! »

Mais c’était pendant l’amour.

On dit de ces choses pendant l’amour.

J’ai tiré.

J’ai tiré sur son nombril.

Je veux dire, j’ai tiré son nombril, qui est un peu saillant et qui donne prise.

Je veux dire, qui donnait prise.

Je le pince maintenant comme la queue d’une pomme, pour attraper la pomme et la transporter vers une assiette, par exemple.

Mais ma petite pomme est toute flétrie.

Toute chiffonnée.

Tout aplatie.

Tout en peau.

Je suis consterné.

J’aimais beaucoup mon petit bouchon avant, pendant, et après l’amour.

Je ne sais pas quoi faire.

Je voudrais finir bien cette relation.

Pas comme un salaud, quoi.

Je cherche une solution délicate.

J’essaie d’écouter la petite voix intérieure.

Enfin je l’entends.

Je soulève mon bouchon, mon petit trognon.

Elle pendouille.

Je pense à ses robes d’été que j’aimais froisser.

Je la pose à plat.

Je me souviens quand je l’allongeais.

J’essaie de ne plus me souvenir.

Je la repasse.

Je pense que la chaleur du fer peut lui redonner la vie.

Je divague.

Maintenant je la plie.

J’aimais plier les draps avec elle. Un pli, un pas vers elle. On s’embrassait quand le drap était plié en seize.

Je divague.

J’essaye de faire du bon boulot, soigné.

Je soigne les coins.

Elle aurait aimé ça.

Je le lui dois bien.

Je cherche dans la boîte à chaussures où j’ai gardé toutes ses lettres d’amour.

Je choisis l’enveloppe la plus jolie et me semble-t-il parfumée.

Je l’y glisse.

Je colle un timbre neuf sur le timbre ancien.

Tout à l’heure j’irai poster la lettre.

Je serai tout joyeux en la recevant de reconnaître son écriture ronde et son encre bleue.

Petite pomme aimait me faire des surprises.

 

 

 

Etendant une main hors du songe

 

 

  

 

   Voici qu’en te mouchant tu entends un bruit de coquille brisée. Aussitôt, tu cherches ton nez pour te rassurer : il n’est pas à sa place habituelle. A travers le tissu, tu palpes des éclats minces, des éclats durs.

   Ce n’est rien. Je t’assure. Rendors-toi. Tu caracoles gaiement sur une feuille de laitue, en cousant ton chemin de fils d’argent. Tu ne vois pas le mufle qui fouille l’herbe. Tu n’entends pas le fer qui fouaille la terre. Le choc de la cognée qui scande l’ahan ne déplace pas ta belle assise. Tu grouilles des caresses de tous les grains sous ton pied. Profite, bienheureux baveux. Profite.


 

 

Enfouis à fleur de peau

                                                          
    ne laissant dépasser

(pour être moins voyants)

                                                          
    que le mamelon de la paupière

deux yeux parfois

    
se font jour

par surprise

                       
        à l’imprévu

se font bonjour

                       
         en louchant un peu

puis se referment

sans trace de cil

sans cicatrice

 

et le voyageur

riant de ses bêtes inquiétudes

reprend sa route à travers dunes

 

La magicienne pleure une larme au bout de chaque doigt. Dans la doublure de son pauvre manteau, elle dissimule ses poudres d’amour et d’escampette. Elle détourne les hommes vers des ruelles nocturnes, des greniers, des impasses mouillées, où elle leur plante ses ongles dans le cœur puis les console avec des toiles d’araignées.

 

 

Il était tout petit

L’oeuf bleu

Qui n’était pas encore bleu

Quand tu l’as rapporté dans ta chambre

Et puis tu l’as couvé

Couché à ne pas te trouver

A t’embrouiller

À t’empatouiller

 

Il a grandi

l’œuf bleu

il a pris tout le bleu du ciel

et des yeux des filles

qui ont la courbure de la terre et des oranges

 

Il a grandi

L’a pris toute la place

Dans ta petite chambre

De mur à mur

De mur à fenêtre

Et plancher plafond

Qu’est-ce que tu peux bien faire sinon

Attendre

Que l’œuf se fasse grenouille

Que la grenouille se fasse bœuf

Et que le plafond cède ou bien l’oeuf

~ por siemprevueloalsur en 18 diciembre, 2006.

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