3/5 Bernard Corteggianni

 

 

Le biplan

 

chanson à deux voix et bande-sonore

 

 

On faisait l’avion

comme si on rêvions

 

Tu faisais le ciel

moi la parallèle

 

Quat’ bras pour deux ailes

le vent coule entre elles

 

– J’aime que tu me portes

j’aime ton épaule forte

 

– Je t’aime toute légère

dans tes parfums d’air

 

– Souviens-toi du pré

– … vert tendre et mouillé

 

– Souviens-toi du gué

– … juste où l’eau s’égaie

 

– Du passant distrait

– … on l’a survolé

 

– De la route en lacets

– … un Z à nos pieds

 

– Du diamant du lac

– … dans les roches en vrac

 

– Des nuages par langues

– … de nos braises nos braises

 

– De nos cendres nos cendres

– … nos cendres oh si tendres

 

 

Le festin du roi

 

O mes petites amoureuses

c’était un soir dans la cuisine

le ventre rond de quelques Gueuzes

je ronchonnais sur ma débine

 

Soudain du tréfonds des conserves

du fond des pots j’ouïs vos voix

pâteuses un peu mais sans réserve

me suppliant : « Chéri, mange-moi ! »

 

A cet appel mon coeur se serre

ah ! d’un seul bond je me redresse

hé ! je me rue les étagères

pour vous retrouver mes diablesses

 

Le confit d’oie c’est toi Marion

la tente à deux c’était tentant

en ce mois d’août près de Condom

fi donc j’étais ton confident

 

La compotée de fruits des bois

Alix d’Almée de Saint-Alban

c’est bien à vous que je la dois

sans oublier bonne maman

 

Ah cachottière les chamallows

qui t’enchantaient mon Amandine

sont mollets comme les chers lolos

qui étanchaient mes faims famines

 

¡ Ay !  Lucía la mojama

a réchappé dans le frigo

grâce au plastico pyjama

au temps qui donne le vertigo

 

As for the fond de sauce gravy

qu’un matin Amy tu commis

il me donnerait presque l’envie

de t’avoir là just you and me

 

(sur le pont musical, parlé)
J’ai dit «presque», Amy, dont be «égoïste», understand «égoïste» ? Restons amis, c’est ça.

 

O mes petites amoureuses

enfermées dans vos nécropoles

pour n’être plus si malheureuses

passez donc à la casserole

 

Les chamallows la mojama

la compotée le confit d’oie

et la gravy pour lier tout ça

pensez donc je m’en lèche les doigts

 

Et pour les yeux ah quel délice

Marion fondant sous Amandine

Lucía recouvrant Alix

Amy vous nappant mes coquines

 

Toutes ensemble en vérité

ce fut une offrande belle et pieuse

ô mes chères sœurs de charité

ô mes consumées amoureuses

 

 

 

Comme si je t’avais faite

furioso

 

 

Comme si je t’avais faite

je te connais par cœur

j’ai navigué dans tes vaisseaux

je te connais par l’écume

de tes chevaux dans les assauts

 

Comme si je t’avais faite

je te connais par la proue

quand je t’aborde quand je te loupe

je te connais par la poupe

et surtout quand tu te retournes

 

Comme si je t’avais faite 

je te connais par tes yeux

quand ils chavirent au premier bord

je te connais par tes yeux

quand ils blanchissent au rebord

 

Comme si je t’avais faite

je te connais par le lait

de ta peau quand mon feu la soulève

je te connais par le rouge

de ta peau que j’ouvre sous tes joues

 

Comme si je t’avais faite

je te connais dans tes cratères

quand tu te noies quand je te perds

je te connais dans tes artères

quand tu te tends quand je te serre

 

Comme si je t’avais défaite

 

 

 

Mexico-Paris

 

voix parlée-chantée avec percussions dans les strophes, envolées de cordes dans le refrain

 

Comme si je ne t’avais jamais rencontrée

 

Nom de Dieu c’est triste aussi Roissy le dimanche

la police de l’air emporte les hommes de la terre

venus à tire-d’aile pour faire voleurs à la tire

et sûrement cent fois pire  Bienvenue bienvenue en France

 

Les lépreux montrent leurs parures à Château-Rouge
 

les CRS flairent les maquereaux et les mérous

les flics font un flic flac de matraque de K-Way

les hommes ont le regard au poste dans les cafés

 

Comme si tu avais les ailes de l’oiseau Quetzal

qui fend les vagues et les narvals

comme si tu avais 747 bras pour voler

747 mains pour gifler

comme si tu pouvais nous sauver Xochitecatl

 

Les mecs des capots crachent entre les jambes des filles

il y a toutes les rubriques à la boucherie porno

la bavette la levrette la sodo le tournedos

il y a tous les menus chez les restaus du cul

 

Au passant qui chante on ne reprend plus sa chanson

Ledru-Rollin a perdu son grelot et son drelin

l’accent sous les casquettes a des couteaux en coin

les têtes ne tournent plus au son de l’accordéon

 

Comme si tu avais les ailes de l’oiseau Quetzal

qui fend les vagues et les narvals

comme si tu avais 747 bras pour voler

747 mains pour gifler

comme si tu pouvais nous sauver Matlalcue

 

 

 

 

Sur le Pont-Veuf je n’ai rencontré qu’un chat gris

les bateaux mouches ne bruissent plus comme les colibris

le Sacré Coeur a l’air tarte plus que pièce montée
 

le Luxembourg ferme à cinq heures sous les sifflets

 

 

L’île Saint-Louis est rentrée ne rompt plus ses amarres

la tour Eiffel ne fait plus la belle ni l’autruche
 

la tour Eiffel ne pique plus du bec dans Pantruche

l’hôtel du Nord s’est noyé dans le canal Trop marre
 

 

Comme si tu avais les ailes de l’oiseau Quetzal

qui fend les vagues et les narvals

comme si tu avais 747 bras pour voler

747 mains pour gifler

comme si tu pouvais nous sauver Mayahuel

 

Où sont-ils les baigneurs fous du canal de l’Ourq
 

où sont-elles les pipelettes de Plaisance à la Gaieté

Il y a des trous entre les corps même en été

je prends la rue Aimé-Lavy Comme elle est courte

 

Je rentre chez moi Où sont les trolls de l’entre-étage

le Frigidaire est en hiver les fleurs en voyage

l’écran est bleu les pâtes s’apprêtent la cour est noire

Eurolatina ne répond plus C’est trop tard

 

Comme si tu avais les ailes de l’oiseau Quetzal

qui fend les vagues et les narvals

comme si tu avais 747 bras pour voler

747 mains pour gifler

comme si tu pouvais me sauver Tepexoch

 

Comme si tu avais un jour existé

 

 

 

Moi je pars

 

chanson rock

 

Moi je pars

fait’s des soirées à thème

genr’ du pareil au même

repassez les vieill’s scies

criez Alexandrie

dansez Alexandra

mourez avec Marcia*

 

Où je vais

on se cogne on se tue

puis on se ressuscite

pour la tout’ dernièr’ cuite

 

Moi je pars

lancez « à toute allure »

vous êtes comme ça … nature

mouillez « bisous bisous »

c’est carrément plus chou

quittez-vous « cia-ciao »

pour la touch’ cacao

 

Où je vais

qu’on déhousse le couteau

qu’on retrousse le sourire

ça fait voir des éclairs

 

REFRAIN

Moi je pars

pour sauver ma peau

pas dev’nir BOBO

 

Moi je pars

donnez en CDD

l’amour c’est un coup d’dés

gardez vos distances

restez en partance

exigez le meilleur

préparez-vous au pire

Où je vais

les cœurs ont des guitares

les places ont des chanteurs

les peines ont des mémoires

 

Moi je pars

voyagez à Deauville

la mer tout près d’la ville

changez d’air à Trouville

boulottez des bulots

soufflez des bulles dans l’eau

trouvez ça rigolo

 

Où je vais

on s’aime pour mieux pleurer

on pleure pour mieux r’gretter

on r’grette pour mieux aimer

 

 

REFRAIN

Moi je pars

pour sauver ma peau

pas dev’nir BOBO

 

 

Moi je pars

recherchez l’âme des choses

puisqu’il y a pas aut’ chose

osez le tout bambou

c’est zen par les deux bouts

fondez pour l’iroko

flashez pour l’abaca

 

 

Où je vais

y’a qu’l’ampoule au plafond

mais elle éclaire au fond

des yeux des compagnons

 

 

 

 

 

Moi je pars

Vivez mieux votre argent

à tant de marg’ par an

rejoignez l’CAC 40

y’a des occas’s craquantes

pensez PERP un par tête

faut prévoir la perpète

 

Où je vais

quand c’est la fête on jette

la maison par la fenêtre

on ramasse pas les miettes

 

 

REFRAIN

Moi je pars

pour sauver ma peau

pas dev’nir BOBO

 

 

 

* « Mais c’est la mort qui t’a assassiné, Marcia » (Les Rita Mitsouko)

Comment le bossu est mouru 
(fantaisie style manouche)

 

Tu ris tu ris petit bossu

tu ris tu ris comme un tordu

rue du P’tit Pont une femm’ grosse

en passant t’a touché la bosse

elle t’a souri puis s’est enfuie

au bras au bras d’un parapluie

 

Ta boss’ fait l’ beau

ell’ fait l’jabot

ta bosse tressaute

mais c’est un’ glotte !

 

Tu ris tu ris c’est pas souvenches

que tu t’en payes un’ si franch’ tranche

qu’ tu t’ fends la tir’-larigot-lire

que tu t’en payes une boss’ de rire

les jours impairs tu fais la tronche

et les jours pairs t’as pas trop l’ ponche

 

Ta bosse s’cabosse

elle fait la noce

ta bosse s’épanche

en v’là un’ panche !

 

C’est pas un’ vie la vie d’bossu

qu’on te demand’ dès qu’on t’a vu

si t’as tourné en dos d’boudin

si quand t’étais p’tit, t’étais nain

chameau avant d’êt’ dromadaire

si t’es fourbe ou t’en as just’ l’air

 

Tressaute s’épanche

et pan ! elle flanche

(ta bosse)

 

T’aurais bien ri petit bossu

sûr que tu t’la s’rais bien fendue

la poir’ de les voir ces chameaux

déblatérer sur ton tombeau

y’en a des fois qu’ont pas d’pot

Et puis zut ! t’en avais plein l’dos

Tenir debout

chanson rock en octosyllabes à disloquer

 

Tu en as vu des amis tomber

tomber debout sans les mains

qui avaient frappé redoublé

aux cœurs aux cœurs aux portes sans fin

tomber sans les mains inutiles

d’avoir grippé l’air entre les doigts

des mains qui partaient au ressac

tomber droit debout comme les arbres

parmi les arbres qui restent debout

ivres d’air et ravis du vent

 

Et tu es encore là

étonné de tenir debout

 

Tu en as vu des nuits tomber

tomber à l’heure où les cafés

s’embuent de l’haleine des baisers

et te laissent à tes enjambées

tomber sales avec un goût de sel

au coin des lèvres à marée basse

plus tard quand la mariée se casse

tomber raides sur les lendemains

les longs demains des jours sans pain

ivres d’hier rassis d’avance

 

Et tu es encore là

étonné de tenir debout

 

Tu la sens l’écorce sous ta peau

de ton arbre ton copain de gnons

qui te tient qui boxe des moignons

comme une vieille branche un vrai poto

de ton arbre debout sans les mains

d’écorce coriace de teck de tank

de fer de fer fait de fragile

de ton arbre tenu des racines

par les mots d’avant les tranquilles

bien joué coco oui accroche-toi

vas-y c’est bien c’est bien c’est bien

 

 

Et tu es encore là

triomphant de tenir debout

 

 

Demandez-vous belle jeunesse

 

 

On s’roule dans l’herbe

on s’roule des pelles

on fait les brèles

on s’trouv’ superbes

 

Cueillons la rose

cueillons la rose

prenons la pose

 

On part un temps

on s’laisse de l’air

c’est de bonn’ guerre

on gard’ l’élan

 

Cueillons la rose

cueillons la rose

sans la névrose

 

On trouve un truc

chacun chez soi

y’a toi y’a moi

jamais caducs

 

Cueillons la rose

cueillons la rose

chassons l’arthrose

 

Amis le jour

amants la nuit

à qui ça nuit

not’ contrejour

 

Cueillons la rose

cueillons la rose

fuyons la prose

 

Autour de nous

les môm’s qui poussent

c’est que d’la mousse

des p’tits cailloux

Cueillons la rose

cueillons la rose

avant qu’elle s’close

 

Les années passent

les années fondent

les années longues

et patatras

 

Jetons la rose

jetons la rose

elle est fichue

 

 

 

P’tits atomes

 

 

P’tit Lucas qui partageais

tes P’tits Lu qu’avec

le clan du fond du car

Michel qui faisais du troc

Panini bonbecs

ton nom c’était Poiccard

 

Thomas la tomate y t’ disaient

les mecs de troisième

qu’avaient du poil aux pattes

Agnan dont à cause duquel

on s’ prenait des thèmes

en plus des colles de maths

 

Je pense à vous,

pensez-vous à moi ?

De vous à moi

j’ai un peu froid

 

Je n’ai pas vu

le temps passer

il m’a classé

en fin d’revue

 

John Polo qui avais tiré

Lucy, vu le ciel

et piqué ses diamants

Momo qui disais comme Jim  :

« On veut l’monde, bordel,

et on le veut maintenant »

 

Frankie, qui rêvais d’un S  

à la queue d’Fauchon

pour dire « Bourgeois cochons »

Charles-Emmanuel qui n’rêvait

que d’ vrai Vuitton

pourtant t’étais pas con

 

 

 

Je pense à vous,

pensez-vous à moi ?

De vous à moi

j’ai un peu froid

 

J’ai fait ceci

j’ai fait cela

couci couça

et puis voilà

 

Blandine dont les seins brillaient

mais qui pour les nuits

couchais sous les étoiles

Diane la pécheresse qui chassais

les moches les mimis

et leur mangeais la moelle

 

Fanchon, qui nous appravenais

le javanais mais

on était pas davoués

Fanchon, à toi je n’aurais

jamais dit « jamais »

si j’ose si j’ose l’avouer

 

Si on s’revoit

c’est dans mille ans

un p’tit moment

au firmament

 

Si on s’revoit

c’est en binômes

de p’tits atomes

chez les fantômes

 

 

 

Même pas sages

 

allegro

 

Quand je te ruse

quand tu me plies

quand je t’intruse

quand tu pâlis

 

Quand c’est qu’on meurt ?

d’un souffle au coeur

 

Quand tu salives

quand je t’arrime

quand tu m’ ranimes

quand tu souris

 

Quand c’est qu’on meurt ?

en plein bonheur

 

Quand je t’esquisse

quand tu me suis

quand je te tisse

quand tu me fuis

 

Quand c’est qu’on meurt ?

ça prend des heures

 

Quand tu froufroutes

quand je me creuse

quand tu t’arc-boutes

et quand je fuse

 

On meurt enfin

on reprend demain

 

~ por siemprevueloalsur en 18 diciembre, 2006.

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