4/5 Bernard Corteggianni

Pardon

 

chanson pour Philippe Léotard s’il était encore là

au piano, mélodie tournoyante et qui avance inexorablement comme celle d’ « Avec le temps » de Léo Ferré

 

Pardon pour les rides

pardon pour le bide

pardon pour la sève

qui sèche sur ma lèvre

pardon pour la mort

qui rôde quand je dors

 

Je t’ai tant cherchée je t’ai tant guettée

à l’aube à midi et à quatorze heures

dans le pot aux roses dans la coupe aux lèvres

sous les peaux d’un jour dans les yeux trompeurs

Je t’ai tant cherchée je ne t’ai pas trouvée

toi dans la ramée moi à la ramasse

toi à chat perché moi pensif penché

moi le coeur ici toi le cœur en face

 

Je t’ai tant cherchée… enfin te voilà

 

On se fondra dans les plis du drap

et on s’aimera

 

Pardon pour les années

qui vont s’en aller

pardon pour le reste

qui me rendra grotesque

pardon pour la mort

qui maraude quand tu sors

 

J’aurais fait le fou la mouche celle qui louche

le lionceau sot et le lionceau-laire

la grenouille de poche à la gra-ande bouche

le crapaud bancroche qui prend de grands airs

Je t’aurais décroché la Lune pour une bise

je t’aurais cousue dans un drap jumeau

je t’aurais prise à plate-couture et reprise

et j’aurais lavé l’amour sur ta peau

 

Je t’aurais décroché… mais faut plus tricher

 

On se confondra dans les plis du drap

et on s’aimera

On se repliera dans les plis du drap

et on s’aimera

terriblement

terriblement

terriblement

 

 

 

Les faux et les vrais

 

 

ils sont ressemblants

comme blanc sur blanc

sont contents de te revoir

puis de te ranger dans un tiroir

 

les faux amis

 

ils restent en contact

ils ont bien du tact

ils allaient t’appeler

mais le hasard c’est mieux c’est… spontané

 

les faux amis

 

si t’as un ennui

c’est trop tard la nuit

si t’as un souci

ils vont couça tendance couci

 

les faux amis

 

sont très populaires

savent super y faire

zont ce truc qui plaît

ils affichent tous les jours complet

 

les faux amis

 

ils seraient géniaux

s’ils n’étaient pas faux

tu voudrais les mêmes

mais en vrai c’est juste ça le problème

 

(parlé)

heureusement y’a pas qu’les faux amis dans la vie,

 
y’a aussi…

 

 

 

 

les vrais amis

 

proposent toujours un café

pour bavarder c’est mieux que rien

ils sont à l’heure sont parfaits

toujours là sur ton chemin

 

les vrais amis

 

hochent la tête comme les chiens

en peluche au fond des voitures

te comprennent te veulent du bien

se mettent à ta place c’est sûr

 

les vrais amis

 

sont les mêmes qu’au temps d’antan

en moins bandits moins bandants

ne brillent plus trop et pourtant

quelle surprise tu te vois dedans

 

les vieux amis

 

ont du temps à revendre le temps

que leur prennent pas leurs faux amis

ils seraient presque un peu contents

d’être un chouïa de ta famille

 

les vieux amis

 

n’attendent rien de rien en retour

mais toi… t’attends leur départ

en rêvant d’un jour des fous

où les faux te fileront rencard

 

chers faux amis

 

Juste

 

chanson diaphane, avec petite guitare neurasthénique

 

Juste un carré d’herbe

pour mettre une nappe

des mains pour la tendre

des amis pour m’y attendre

 

A la fin j’veux plus grand chose

juste de quoi faire une pause

 

Juste un carré de savane

pour peigner les girafes

qui dessinent des paraphes

sur des airs de pavane

 

Juste faire une pause

 

Quelques carrés de cahier

pour brûler des mots vieux

pour éteindre les feux

qui n’ont pas brûlé

 

Juste faire une pause

 

Juste un rond de lumière

pour me voir ben le même

dans l’eau pâle du poème

signer et puis prendre l’air

 

Juste

 

 

 

A ceux qui voudraient bien

(avec percussions africaines)

 

Toi des coins de cuisine dans les fêtes

toi des plis de tapisserie

toi des matelas de whisky

toi des piétinements petits

toi qui en crèves d’envie

et qui n’en fais qu’une maladie

 

y’a que le premier pas qui coûte

qui doute qui coûte qui doute

 

allez !

tu es toujours gris

mais un peu moins Blanc

mais un peu plus Noir

 

Toi des yeux qui tètent qui s’entêtent

toi des rétines attrapées

toi l’ogre de logorrhée

toi des mots comme des bouées

toi bâté corps de bâton

toi qui ne tournes plus rond

 

y’a personne qui te regarde

personne personne personne

 

allez !

tu es toujours gris

mais un peu moins Blanc

mais un peu plus Noir

 

Toi l’empêtré qui bat en préretraite

toi guetté de quarantaine

toi qui cacheras ta bedaine

sous des tee-shirts taille baleine

toi qui regretteras quand l’âge

t’aura bouffé le cartilage

 

 

 

 

tu n’es plus si gris plus si Blanc

fonce ! fonce !  fonce !

tu la sens dedans

l’Afrique ! l’Afrique ! l’Afrique !

 

La visiteuse

 

chanson avec violoncelle

 

C’est à l’orage entrant

que tu entres me voir

entre l’ombre et le soir

tu sais que je t’attends

Si c’est ta main

comme elle apaise

si c’est ta langue

comme elle est fraîche

 

Je garde les yeux fermés

car c’est notre secret

 

C’est à l’orage grondant

que je t’écoute pleuvoir

ta cravache semble noire

et ton cheval d’argent

Si ce sont tes yeux

comme ils éclairent

si c’est ta voix

elle est du tonnerre

 

Je garde les yeux fermés

car c’est notre secret

 

C’est à l’orage sortant

que je t’écoute partir

à petits pas de pluie

pas clopin pas clopan

Si c’est ton parfum

comme il est lointain

si c’est mon souvenir

comme il s’évanouit

 

Je garde les yeux fermés

on n’ouvre pas les secrets

 

 

 

Antibes

 

Antibes

tes touristes à deux boules

et cornet acoustique

tes boutiques à deux balles

pour les fauchés du fric

 

tes mannequins manque-une-pièce

qui r’vendent le bout du haut

tes cigales sans adresse

qui chantent dans les bocaux

 

Antibes

tu voudrais bien

jouer la star

y’a un lézard

y’ t’manque le chien

 

Antibes

arrête ta frime

tu m’fais d’la peine

 

Antibes

tes pissala-d’hier

tes pastagas du jour

tes r’traités d’avant-guerre

qui vendent cher le bonjour

 

tes déesses à bedaine

qui décroisent les gambettes

tes v’dettes américaines

qu’ont perdu la Croisette

 

 

Antibes

pour devenir Cannes

faut faire la poule

chanter roucoule

aux Gengis Khan

 

 

 

Antibes

arrête ta frime

tu m’fais d’la peine

 

Antibes

tes filles tes Antiboises

de loin c’est des fournaises

mais quand c’est qu’on les croise

ben c’est fou c’qu’on s’apaise

 

tes demoiselles anglaises

qui vont sur la promenade

ont des reliefs de fraise

very like
marmelade

 

Antibes

pour niquer Nice

faut être très nice

être lisse comme l’ice

faut pas qu’ça plisse

 

mais Antibes écoute un peu

 

tes volets bleus

pour t’ faire les yeux

tes volets verts

pour saluer la mer

 

tes criques où s’croquent

les sans-paddock

tes golfes pas clairs

où s’lovent nos affaires

 

tes bras d’amie

aux bains de minuit

tes nappes d’étoiles

pour mettr’ les voiles

 

Antibes

quand tu frimes pas

t’es belle comme ça

 

 

Certains matins certains soirs

 

 

Certains soirs trop tard

elle sort une cartouche

de Stuyvesant rouges

et elle tue elle tue

elle tue elle saccage

les mômes des poumons

les oiseaux de sa cage

 

Elle tombe

Elle tombe

 

Certains matins tôt

elle s’en va nager

elle croise des bonnets

ils font leur programme

les jeunes les âgés

ceux qui crawlent la frôlent

qui brassent l’embrassent pas

 

Elle plonge

Elle plonge

 

Certains soirs penchée

elle s’éloigne elle voit

la planète en grand

elle a l’intégrale

tout Arthus-Bertrand

en puzzle mondial

elle remplit les trous

 

Elle comble

Elle comble

 

Certains matins seule

à sa glace elle rêve

que sa vie serait mieux

en petit chapeau bleu

ça serait bizarre car

le chapeau tout petit

ne se verrait pas

 

Elle songe

Elle songe

 

Dimanche si ça se trouve

on va pas l’appeler

elle se trouve pas belle

s’assied sur son lit

prend son beau vernis

repeint ses amours

ses dix petits chéris

 

(parlé)

Comme c’est bon de pleurer

Comme tu te sens neuve et lavée

 

Je t’aime

Je t’aime

 

 

 

 

 

P’tite reine

 

T’es née coiffée dans ton berceau

t’as eu des langes en vraie peau d’ange

tous les Rois mages dans un cerceau

et quelques princes pour le dimanche

 

P’tite reine

 

T’as eu quat’ roues à ton vélo

pour t’élancer sans trébucher

dans le jardin de lilas clos

où y’a qu’la pelouse qu’était fauchée

 

P’tite reine

 

Tu fais salle pleine à tes parties

T’en reviens pas tout ça pour moi

On t’applaudit tu resplendis

Les bons amis c’est fait pour ça

 

P’tite reine

 

T’es pas bégueule t’aimes les gens simples

Qui te donnent tout quand ils n’ont rien

Toi quand tu donnes c’est l’reste du pain

Tu te sens bonne ça t’fait du bien

 

P’tite reine

 

J’suis pas jaloux j’suis pas amer

Mais j’voulais t’dire vu qu’t’as des bras

La prochaine fois qu’un ami pleure

Prends-le dedans ça sert à ça

 

 

 

 

DECHANTER

 

La machine à vie

Te demande pas ton avis :

Elle tourne.

 

La machine à vie

Est la machine à viande :

Elle broie.

 

 

 

 

 

Gladiateur

Tu as beau lutter

Tu as beau les vaincre

Il en sort toujours de nouveaux

Des ours des effrayants

Des masques de fer et de cuir

Ils sortent des trous d’ombre

Ils sont dans ton dos toujours

La tête te tourne tu tombes

Et tu vois dans le ciel comme dans une flaque

Le dernier acte

Un filet t’entraîne tu es si vieux

Tu t’effrites dans les mailles

Tu te perds dans le sable

Le vent t’emporte

Et tu ne connaîtras pas sa caresse

 

 

Comme elles pèsent les sept langues de la mélancolie

sur l’allongé

sur l’inaccompli

 

la première est longue

elle se met debout

en s’aidant de la pointe

et du genou

 

comme elle cloue

 

la seconde s’affale à son aise

et s’endort aussitôt

j’ai la bouche pleine de son poil

et de la graisse pour l’hiver

 

comme elle couve

 

le troisième est une tendre

elle se colle elle s’agglutine

elle s’alanguit elle mouille

elle bave à la poupe et à la proue

 

comme nous sommes flous

 

et il me faut encore subir

la quatrième

la cinquième

la sixième

et la septième qui ont pris langue pour me garder au trou

 

 

 

 

 

Tu penses à quoi ? (Deuxième*)

 

Tu penses à quoi ?

A la mer qui s’en va ?

Aux marins qui reviennent ?

A va-et-vient dans les varechs ?

Au têtard arrivé trop tard ?

Au têtard qui a gagné d’une tête

et qui t’a fait toi ?

 

Tu penses à quoi ?

A l’amour que tu viens de prendre ?

A la femme que tu as lavée pour la première fois ?

Qui t’a lavé ?

A l’eau qu’elle était belle ?

A la couleur rouge qui est un mensonge

comme toutes les couleurs ?

 

Tu penses à quoi ?

A tes vingt ans vicinaux ?

A la vigueur du matin dans les jambes et sur les routes ?

Aux vapeurs d’oiseaux sur la Loire ?

A l’inquiétude du soir ?

Aux matins renversés dans l’essaim du soleil ?

Aux quatre cents coups jetés aux quatre vents ?

 

Tu penses à quoi ?

Aux années perdues auprès d’une inconnue ?

A tes années d’immortel ?

A tant d’années ?

A son parfum parti dans une bulle d’oubli ?

Aux mots qu’il aurait fallu ?

Aux mots qui ont failli ?

 

Tu penses à quoi ?

Aux parents qui rapetissent dans le retroviseur ?

A leurs yeux qui n’en reviennent pas ?

A leurs mains où tu ne tiens plus ?

A leurs mains qui font l’essuie-glace ?

Qui les effacent ?

A tes enfants qu’ils ne verront pas ?

Aux barrières des tombes qui sont celles des berceaux ?

 

 

Tu penses à quoi ?

A l’amour que tu viens de donner ?

A cette femme et si c’était la dernière ?

A l’habit d’amour dont tu l’habilles ?

A l’automne qui pendra ses guenilles ?

A la mort qui te mange comme une barbe ?

A la foule de ce carrefour quand tu ne seras plus là ?

 

Tu penses à quoi ?

 

 

* Léo Ferré : « Tu penses à quoi ? »

 

tu voulais voir

regarde

le loup tombe

et le vent l’emporte

avec sa cape de sept lieux

la nuit ne reviendra plus

ni ses yeux d’aveugle lune

 

 

 

Si tu étais au bout de ce putain de chemin

ou disons à la moitié

je partagerais les pas

je passerais sans souci

j’empocherais le vent

pour t’en servir des chopes

je boirais à la coupe

du côté de ta bouche

 

Si tu étais au bout de ce putain de chemin

ou disons aux trois quarts

je diviserais les pas

je passerais plus doucement

je délierais mon ombre

pour que tu tangues avec moi

je mépriserais l’épine

dans l’espoir de la rose

 

Si tu étais au bout de ce putain de chemin

ou disons à la fin

je garderais la peine

je rendrais la joie

j’enverrais le vent

dire que je m’en vais

je planterais l’épine

qui fait le sang des roses

 

 

 

toutes ces peaux empilées entre toi et moi

ces sueurs ces souffles

ces nuits ces matins sans moi

tes yeux mouillés dans d’autres yeux

tes mains paumées dans d’autres mains

tes fleurs odorantes pour d’autres

– et l’enfer profané de ton cul

 

le vent nous a portés loin

il ne faut pas se retourner

il ne faut pas

~ por siemprevueloalsur en 18 diciembre, 2006.

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